dimanche 10 février 2019

Histoire et droit aux armoiries

Nous allons commencer par une phrase explicite : tout citoyen et citoyenne peut porter un blason, qui est lié à son nom.
Du point de vue juridique, un blason identique mais plus ancien que le vôtre sera toujours reconnu comme authentique, vous interdisant l’usage du vôtre tel quel devant la justice..


Héraldique ?
Ce terme désigne la science du blasonnement, c’est-à-dire les règles spécifiques de création et description d' un blason.
Il vient de « hérault d’armes », sûrement d’origine germanique, et était un personnage ayant une charge officielle au moyen-âge jusqu’à la fin de l’ancien régime, et qui était en charge pour le sceau de France de la vérification, de l’enregistrement et du jugement d’armoiries. Ils ont été créé pour suppléer le roi qui avait d’autres chats à fouetter que de gérer des disputes entre porteurs d'un même blason.
Le roi nommait un roi d’armes (dans les temps ancien, il existait même un « couronnement » de celui-ci) qui s’adjoignait de héraut de région, qui portait pour nom celui de la leur. Il devrinrent "juges d'armes" au XVIIème siècle.

Qu’est-ce qu’un blason ?

C’est un emblème personnel, familial, ou corporatiste représenté sur un écu.
Il en existe de plusieurs types, liés à l’époque ou au pays.
Le blason français actuel est dit « écu français moderne ».
Blason est synonyme d’ « armes » ou parfois d’ « armoiries », même si le terme englobe souvent aussi les ornements extérieurs au blason, qui ne font pas parti du blasonnement enregistré.

Fonction de l’époque et du lieu de création, les types de blasons seront différents. Certains blasons du grand armorial de 1697 pouvaient être considérés comme fait « à la chaîne » compte-tenu des délais impartis aux particuliers ou corps constitués pour en enregistrer s’il n’en possédaient pas ; Les blasons du 1er empire étaient réputés pour être chargés et proposer de nombreux écartelés et quartiers, et on emploiera davantage de sinople (vert) et pourpre (violet). Si le style napoléonien est décrié, il a introduit nombre de figures exotiques : chameaux, palmiers-dattiers, sphinx…
Les figures représentées sur les blasons elles aussi s’adapte aux métiers, à la technique : la ville d’Issy-les-Moulineaux, au lieu de l’histoire de l’aviation, à remplacé ses moulins par trois avions à hélice, par exemple. On pourrait tout à fait imaginer une fusée, un ordinateur, un casque de baladeur.
On parle alors d'héraldique "vivante", en opposition à un mythe qui voudrait que tout se soit arrêté d'une part avecavec les dynastes français. Rien n'est moins vrai.

Le blason raconte une histoire, celle d’une famille, d’une personne ou d’un groupe de personne. Il représente par des symboles de couleurs, de partitions, d’objets, leur nombre, leur dispositions, leur mouvement, à la fois les valeurs et l’identité de son porteur.


Petit historique


Si des emblèmes individuels existaient dans tes temps antiques, on ne peut pas parler d’héraldique en tant que telle.
Elle est née, de manière un tant soit peu organisée, au XIIè siècle sur les champs de bataille (pour palier à la confusion des combattants sans uniforme et difficilement reconnaissable sous des couches de protection en cuir et en mailles). Le premier sceau héraldique serait celui de Raoul de Vermandois, frère du roi de France en 1136 (sur un gonfanon) et 1146 (sur le bouclier du même), une échiqueté d'or et d'azur (damier jaune et bleu).

Au cours du siècle suivant, les commerçants et corporations en France, Rhénanie et de Flandres commencèrent à utilisé les armoiries essentiellement en ville par les bourgeois et artisans (2/5 des armoiries médiévales actuellement à l’étude). Les paysans eu aussi y viendront, surtout à partir du XIVè siècle (pour eux, c’est une marque de propriété apposée sur le produit de leur travail).
Quand aux villes, le plus ancien sceau conservé est celui de Cologne (représentant son patron, Saint Pierre sous un dais) ; pour la France il faudrait attendre le sceau de la ville de Cambrai de 1185. L’emploi sera généralisé dans les villes d’occident dès le XIIIè siècle.       

L’édit de 1696 qui permit de lever de nouveaux impôts, touchait « toutes les armoiries [portées] dans le royaume, tant par les nobles que par les roturiers, tant par les individus que par les communautés ».    
Les contrevenant s’exposait à une amende de 300 livres. Ils devaient faire enregistrer sous deux mois leur blason : nobles, ecclésiastiques, toutes les administrations, institutions et corporations, toutes les maisons religieuses, tous les bourgeois des « villes franches » et tous ceux qui « par leur mérite personnel tenaient un rang d’honneur et de distinction dans leurs corps, compagnies et communautez ».
Un arrêt de 1697 rendra plus efficace l’édit, mais dû encore être réformé pour exempter les communautés trop pauvres.
Malgré quelques essais infructueux, chacun continua d’être libre d’utiliser ou de ne pas utiliser son droit aux armoiries.
Un édit de 1760, période dite de la « réaction nobiliaire » à l’esprit des lumières, tenta de réserver les armoiries aux seuls nobles, mais le parlement l’abrogea la même année, le considérant comme contraire aux coutumes et lois de France depuis 500 ans.

Pendant la période révolutionnaire, les blasons sont pourchassés, parce qu’assimilés à « la féodalité » (peut-être, à tort, à cause du texte de 1760 ?) à partir de 1790 puis par la loi du 20 avril 1791, puis le décret de septembre 1791 fixa les peines applicables aux contrevenants.
Le loi du 24 octobre 1793 (soit pendant la période décrétée de la « Terreur ») interdit d’enlever, de détruire ou de mutiler, sous prétexte de faire disparaître les signes proscrits, les livres, manuscrits, gravures, tableaux, statutes, médailles, cartes, plans et objets d’art de toute sorte intéressant « l’histoire et à l’instruction » qui se trouvaient dans les bibliothèques, les musées, les collections ou chez les artistes.
De même, la Commission des arts et des monuments prit certaines mesures pour préserver le patrimoine ; le 3 août 1793, elle décida qu’on enlèverait que les couronnes, les fleurs de lys, armoiries et autres symboles de royauté figurant sur les monuments et les bustes ; le reste devait être conservé comme « nécessaire aux arts et à la décoration des monuments ».

Les titres et les dignités réapparurent pendant le consulat, de manière déguisée avec l’institution de la Légion d’Honneur en 1802 – puis par la loi du 1er mars 1808.
La loi de 1808 organisa définitivement la noblesse d’empire : « Ceux de nos sujets à nous aurons conféré des titres ne pourront porter d’autres armoiries ni avoir d’autres livrées que celles qui seront énoncées dans les lettres patentes de création » (Archives Nationales, Révérend, Armorial du Ier empire). Nul ne devait prendre des armes de sa propre initiative, ni modifier celles qu’il avait reçues, sans autorisation expresse de l’empereur. Ceux qui en possédait étaient libres de d‘utiliser comme marque distinctive et d’en décorer leurs objets mobiliers. Sur les immeubles, elle fut soumise à des restrictions.
Le droit héraldique à ce moment-là fut très rigoureux : personne ne pouvait prendre d’armoiries de son propre chef, ni apporter de modifications à qui lui ont été octroyées.
Le décret du 7 mai  1809 fut mise en place une héraldique citadine pour les villes (hiérarchisées en trois « classes » d’importance), corps constitués et associations. 
La plus grande innovation de l’héraldique impériale fut d’intégrer au blason des signes distinctifs et personnelles déstinées à indiquer la dignité ou la fonction de leur possesseur.

Dans la charte de 1814, Louis XVIII avait rétablit l’ancienne noblesse, qui fut autorisée à reprendre ses titres et ses armoiries.
Après la seconde restauration, il permit aux nobles d’empire qui en ferait la demande de conserver les leurs. De nombreuses armoiries impériales subsistèrent donc, dépourvues toutefois des marques et dignité de l’époque impériale.
La charte de 1830 confirma les usage de celle de 1814.
Le conseil du sceau des titres fut cependant supprimé en 1830 par le gouvernement de Louis-Philippe. A partir de là, comme sous l’ancien régime, chacun peu adopter et utiliser les armoiries de son choix, à la seule condition de ne pas usurper celles d’autrui…
La seconde République resta muette sur les armoiries, si elle abolit les titres de noblesse.
Le seconde empire rétablit le conseil du sceau des titres en 1859 qui fut définitivement abolie en 1872, remplacé par un conseil d’administration de fonctionnaires du ministère de la Justice, mais ne restaura que mollement l’héraldique impériale.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      

Depuis 1949, il n’a plus de différence entre le droit aux armoiries actuel et celui connu du moyen-âge. Un juste retour de l’Histoire ?
Pour les particuliers, l’usage d’armoiries est autorisé par la loi et relève du droit privé.
« Les armes sont des marques de reconnaissance accessoires au nom de famille auquel elles se rattachent indissolublement, que cette famille soit noble ou non » (cour d’appel de Paris, 1949).
Nous appelons cela l’ « héraldique citoyenne ».

Lire un blason

  • Il se présente toujours en face de vous. Aussi, il se lit à l'envers, comme dans un miroir : les dextre (droite) se trouvant à sénestre (gauche) et inversement. 
  • Les blasons se lisent par "couche" d'élément, sur une base, l'écu. Ceci parce qu'à leur origine, les écus étaient défensifs, et parfois renforcé de bois (devenu les pièces honorables telles que fasce, pal, chevrons, bordure, franc-quartiers...etc),  ou de fourrures (hermine, vair, premier sable...) revêtant le bouclier.
  • Il faut commencer par décrire la ou les partition(s) (s'il n'y a qu'un seul champ, on ne dit rien : parti, coupé, écartelée, etc...), 
  • Puis viennent les pièces "honorables" (fasces, pales, bandes, barres, chevrons....),
  • On continue la lecture par les meubles principaux, qui sont tous les emblêmes qu'ils soit objets, animaux ou autres (s'il y en a différents, on commencera par celui posé en "coeur" ou abîme" (au centre) 
  • et finir par les meubles "chargeant" ou "accompagnant" le ou les meubles principaux du blason décrit.
ex : d'azur au chevron d'or accompagné de 3 roses de gueules (pléonasme : posées en 2, 1). 
ex : Ecartelé au 1 et 3 d'azur au chevron d'or accompagné de trois roses, au 2 et 4 d'or à la croix de sinople accompagné de 4 lionceaux de même.


Les règles génériques inhérentes aux armoiries


  • Tout le monde peut créer son blason, que l’on soit particulier, organisation, association, crops constitué, ville… Du moment qu'ils le sont fonction des règles héraldiques.

  • Le blason doit être unique. De tout temps, l’usurpation de blason (consciente ou incsonciente fut condamnée, comme de nos jours). La règle est l’antériorité reconnue s’il y a contestation d’armoiries ; il faut prouver par des lettres patentes, notification dans un armorial  ou document avéré. L’Office des armoiries ainsi que les héraldistes font des « recherches héraldiques » dans différents ouvrages et documents et photographies pour vérifier les blasons qui leur sont présentés.

  • Les seules restrictions de composition d’ornements extérieurs tiennent aux couronnes et heaumes de titres (heaumes à grilles), toques et mortiers, ainsi qu’aux manteaux, médailles et distinctions officielles. Les heaumes et chefs dits de fantaisie (heaume normand, crapaud, morillon, chapeaux…etc…), les lambrequins, supports et lambrequins sont aussi autorisés. Toutes ces notions vous seront expliquées dans une autre page.

  • Les hommes, femmes mariées et jeunes filles ont traditionnellement des blasons de forme différente (écu, ovale, losange) sans qu'il n'y ait de d'obligation aucune, aucune règles ne régissant cela, l'habitus n'étant une règle héraldique. La forme des écu a elle aussi évolué fonction des époques et des pays. L’usage en France est d’utilisé une forme d’écu dite « français moderne », sans que cet usage émane de l’autorité d’état (qui s'en fiche comme d'une guigne).

  • Les brisures : existantes depuis le moyen-âge, sont des ajouts à un blason existant, pour reconnaître deux frères par exemple, ou deux branches familiales. La brisure la plus représentée est le « lambel » un barre à trois dents en forme de peigne situé en haut du blason (« en chef »). Très présentes pendant l’ancien régime, elles furent de moins en mois  usitées au cours de l'âge classique, et surtout après les restaurations. Il est aujourd’hui très compliqué de suivre les lignées par leur blason, le blason semblant figé dans l’histoire monarchique, utilisé par toutes les branches en général, et non-évoluant dans l’Histoire générale de France fonction des coutumes générales (et surtout pratiques) de l’héraldique - un avis très personnel nous le concevons.

  • La manière de « blasonner », c’est-à-dire de créer et décrire un blason, obéit à des règles spécifiques, qui ont évolué avec le temps, mais sont toujours observées. Vous trouverez dans la bibliographies de nombreux recueils explicitant l'ensemble des règles de la science héraldique.

 
 Sources essentielles :
Le système héraldique français, par R. Mathieu, 1946
Traité dhéraldique, par M. Pastoureau, éd. 2003